jeudi 11 janvier 2018

SOUVENIR DU FEU


Elle aimait aider son père à brûler les feuilles mortes au jardin.
On attendait un jour sans vent. IL fallait froisser du papier journal, l'enflammer puis déposer une poignée de feuilles dessus. Le feu commençait petit, on rajoutait des feuilles au fur et à mesure pour ne pas l'étouffer, il fallait le nourrir régulièrement mais sans excès.
Son père parlait du feu comme s'il s'agissait d'un être vivant. Il respirait et avait besoin d'oxygène, il avait toujours faim, s'étranglait quand on mettait trop de feuilles d'un coup, toussait, grognait, soufflait. Et puis il sentait si bon...Respirer l'odeur de fumée qui lui piquait les yeux et le nez, l’asphyxiait un peu était à la fois un jeu et un plaisir inoubliables. 

vendredi 5 janvier 2018

jeu des 7 familles

Un jeu qui perdure, je me souviens de longues parties avec mes voisins, c'est le jeu de 7 familles.
Il existe encore sous toutes sortes de formes, des familles d'animaux, des familles de fleurs, des familles de métiers. ..Dans cette diversité, la règle est immuable, il s'agit de reconstituer la famille, c'est simple, le grand père, la grand mère, le père , la mère, le fils , la fille. Après de multiples échanges de cartes, on arrive toujours à ses fins.
De nos jours, il en va tout autrement dans la vie. Les familles se composent, se décomposent, se recomposent. Les arbres généalogiques sont difficiles à construire. On ne sait pas trop où caser le fils de la nouvelle compagne, l'amie de la tante, la fille de la belle mère. Autrefois, on sauvait les apparences, c'était plus simple, un tronc, des branches qui se multipliaient, un arbre restait un arbre quelle que soit sa croissance. On ne sciait pas la branche sur laquelle on était assis, il en allait de l'héritage. En cas de craquement, on colmatait, on évitait les tempêtes. On savait qui ressemblait à l'oncle, au grand-père même si parfois le doute s'installait devant un visage évoquant un voisin ou un commerçant de passage. Le nom de la lignée était sauvegardé. Maintenant, on ne sait plus qui est la tante, le cousin, la pièce rapportée, c'est très compliqué. Les notaires vont devoir suivre des formations en la matière et on devra agrandir les étiquettes des cahiers à l'école primaire. Mais le problème majeur arrive pour les fêtes de famille, qui fait partie de la famille?Qui inviter?
Et si la famille c'était simplement la réunion de personnes qui se sentent bien ensemble, oui mais que deviennent "les biens" dans tout ça? Et l'oncle d'Amérique?
On devrait revenir à la tribu qui sait?

le chaperon rouge a grandi

Le petit chaperon rouge a bien grandi, il n'est pas très bien dans ses baskets rouges. Il en veut à sa mère et se pose de nombreuses questions sur le comportement de celle -ci, sur les rapports mère fille, bref des truc de psy.
"Elle était sanguinaire, ma mère, pour m'habiller tout en rouge, moi, je préférais le bleu mais elle ne voulait rien savoir même les rubans au bout de mes nattes étaient rouges, mes petites culottes aussi et ça dure, aux derniers anniversaires j'ai encore eu une écharpe rouge, des gants rouges, un jour elle va m'offrir un nez de clown. Je finis par me demander si la langue pendante du loup ne la faisait pas frissonner, en ce temps là, on avouait pas de tels emportements."
" Elle me faisait croire qu'elle se souciait de sa mère, un mensonge de plus, chez sa mère , elle n'y allait jamais, c'est moi qu'elle envoyait porter le pot de confiture, de fruits rouges bien entendu. Dans la maisonnette au fond du bois, elle s'y rendait quand sa chère maman était en cure, c'était un lieu de rendez vous, je crois bien que c'était avec le loup, elle me disait qu'il était dangereux pour m'éloigner, elle était jalouse à l'époque."
" Et les galettes, du bleuf aussi, elle ne pensait pas à elle, elle me testait. Elle savait que j'étais gourmande, alors elle trouvait là une raison de me punir , elle n'en trouvait pas d'autres, je travaillais bien à l'école, je mettais ses affreux vêtements rouges, je partais dans la forêt sans rechigner. Cà, c'était normal, le loup, je l'aimais bien, on se retrouvait dans les fourrés en cachette. On avait projeté de mettre l'ancienne dans un asile en ville et d'habiter la petite maison, on se câlinerait tous les deux, il avait le poil doux , mon loup. Pour faire vivre notre amour, je serais aller dans les écoles raconter des histoires de chaperon rouge et autres balivernes. On riait bien tous les deux."
" Mais un matin, mon loup est sorti sans se méfier des chasseurs, ces monstres l'ont tué, je me demande si ce crime n'a pas été commandité par ma mère, il y avait du sang partout. Elle a du voir rouge  quand elle a appris notre liaison, quand elle a compris que cet accoutrement dont elle m'affublait n'avait en rien caché ma fraicheur, au contraire, le loup aimait bien mes joues rouges sous la capuche rouge, il trouvait ce rouge appétissant et me léchait longuement."
" J'ai pleuré longtemps, des larmes rouges qui inquiétaient maman, elle se sentait coupable et m'offrait des robes bleues.Maintenant que je vais mieux, je milite dans une association pour la défense des loups, Ca la fait hurler maman, avec elle j'aurai toujours un problème, avec moi- même aussi, j'adore les moutons et brebis, alors....incompatible. Il n'y avait que mon loup pour comprendre de telles contradictions."

mardi 12 décembre 2017

la virevolte

On pourrait penser à la valse mais la virevolte va bien au delà. Le départ est moins léger, le pied est ancré, le centre de gravité est concentré en un point comme le crayon se préparant à l'écriture. Le pied s'enfonce dans le sol, la mine dans le papier, tous deux cherchent la même poussée. Un lent tournoiement s'amorce comme la feuille emportée par le vent. Les bras entrent dans la spirale et là, on s'envole, une volute se dessine, on n'est pas dans la danse mais dans une sorte d'élan irrésistible. Ne pas lutter , se laisser emporter. On perd ses repaires, on monte, on atteint le moment de suspension, le moment subtile de tous les possibles puis tout semble se calmer et là dans un frémissement au creux des reins, on pousse encore plus loin, à la fois plus haut et plus profond. Le cercle se densifie, on est dans l'accélération d'une toupie, puis la base vacille, on mordille le crayon, encore un tour , on décroche et la descente s'amorce tout doucement on retrouve le sol, on ferme le cahier. C'est la virevolte.

Un couple


Elle dit des choses graves qui normalement devraient me démolir, elle dit qu'elle a fait la plus grande erreur de sa vie quand elle est tombée amoureuse de moi. Elle dit que je suis lâche, égoïste, irresponsable. Elle dit qu'à cause de moi elle n'a pas pu réaliser la carrière dont elle rêvait. Elle me rappelle que l'ai obligée à arrêter ses recherches, à quitter l'université pour s'occuper de moi, des enfants. Elle dit qu'elle s'est fait teindre en blonde pour me plaire, et refaire les seins. Elle dit qu'elle a horreur du blond et que ses seins lui font mal. Elle dit qu'elle aimait Paris et qu'elle déteste le village de Normandie où j'ai choisi que l'on s'installe. Elle redit que je suis égoïste, égocentrique, que je ne pense qu'à moi. Enfin, je crois qu'elle me dit tout ça, parce que je ne l'écoute pas vraiment. Je vois ses larmes couler. Elle dit sûrement que si elle en avait les moyens elle me quitterait. Je regarde par la fenêtre, le soleil descend. Il a plu ce matin, j'ai envie d'aller au jardin fumer une cigarette. Je n'en n'ai pas le droit à la maison. J'ai envie de me dégourdir les jambes, et je pense à toute l'herbe qui pousse et à la tondeuse qui m'attend.

mardi 5 décembre 2017

passage initiatique

Nous pédalions dans la lumière nature . Les sentiers forestiers se déroulaient sous nos roues. L' odeur des sapins nous apaisait, l'air vif de ce massif jurassien nous revigorait. Les enfants ouvraient le chemin, on suivait, tout était parfait.On ne se posait pas de question, l'air était bon, on pédalait.
Après quelques heures, les estomacs réclamaient, le moment était venu de chercher une clairière, on posa pied à terre, on vida les sacs, on s'étendit sur l'herbe à l'odeur de framboises puis le vent se leva, léger, il semblait nous appeler. On avait les cerfs volants dans nos sacoches, le temps idéal pour les faire danser dans le ciel d'été, j'aimais particulièrement m'échapper dans les airs avec ces oiseaux de papier, j'oubliais la terre ferme , je tournoyais avec un grand dragon couleur feu, je l'avais fabriqué tout exprès, je pensais m'envoler vers d'autres contrées. Soudain une bourrasque d'une intensité étrange fit échouer ma bête dans la rivière. Pas question de l'abandonner aux tourbillons du torrent, de le laisser partir sans moi, je traversai les orties, me cramponnai aux branches , sautai sur les rochers. Après une petite chute, la rivière coulait tranquillement entre ses berges adoucies.Je tendais le bras pour récupérer mon animal défréchi quand j'aperçus un canoë qui avançait au fil de l'eau,sans bruit , il accosta dans les roseaux, un indien en descendit. Attirée par les plumes colorées et l'agilité de l'homme, je le suivis. Sans aucune  peur d'égarement, sans me soucier de ceux qui m'attendaient, je lui emboitais le pas, nous empruntions des sentes inconnues. Après une heure de marche dans de hautes herbes, soulevée par je ne sais quelle énergie, je me trouvai au milieu d'une tribu. Un feu crépitait,des enfants jouaient, les femmes tressaient des écorces de bouleau. Je fus accueillie dans une ronde, on m'installa  comme si la place m'était réservée et au bout d'un moment, je chantais dans une langue inconnue. Ce soir là, je récupérai mon âme au son des tambours et depuis je suis accompagnée par mon animal totem: un grand loup blanc aux yeux bleus.

lundi 27 novembre 2017

petites nouvelles à début et fin imposés

Ce matin, le facteur a sonné à ma porte, c'est fréquent ces derniers mois, j'ai éteint ma cigarette, j'ai ouvert, il fallait une signature, une preuve de la distribution. La porte refermée, j'ai ouvert la missive, une menace de coupure d'électricité, encore une facture impayée. ce genre de courrier s'entasse dans un pot sur ma cheminée, ils sont tous signés, comme si une griffe allait changer quelque chose.Ma signature en bas d'un chèque peut être mais la banque me la supprimé, je suis interdit de chéquier, normal mon compte n'est plus approvisionné depuis des mois, je ne travaille pas. Je vais sans doute être expulsé de mon petit chez moi, au printemps, cela me laisse un peu de temps. J'allais m'affaler sur mon divan quand j'ai entendu le pas du facteur dans l' escalier, il a dû oublier une lettre d'huissier qui m'était destinée. Je l'ai laissé sonner, je n'ai pas insisté, je connaissais la suite.


Chaque fois que j'appelais chez elle, je tombais sur le répondeur,"Qu'est ce qu'elle pouvait bien faire?"Elle ne se doutait pas que tout le monde la cherchait et s'inquiétait, elle était de santé fragile et son entourage avait peur , surtout sa mère, elle se lamentait:"Ma petite, que lui arrive -t-il? Appelle la, toi, elle te répondra." Mais rien, puis c'était le tour du frère, de l'oncle, d'une amie, d'un collègue, le soucis envahissait toutes ses connaissances qui finissaient par me harceler." Appelle la toi, elle te répondra". J'allais me rendre à son domicile, quand je fus saisi par les pompiers, installé dans une ambulance et transporté aux urgences. "J'ai du me tromper de numéro, il faut dire qu'avec tous ces loups autour, je n'avais plus toute ma tête"

Elle dit des choses graves qui normalement devraient me démolir."Je t'aime plus, je vais partir, tu comprends, je vais partir de la maison, j'en ai assez de tous ces travaux commencés et jamais terminés, de ton odeur de tabac dans toutes les pièces, de ton linge sale que tu laisses trainer, de ces auréoles de sueur sur tes chemises, même ton déodorant m'insupporte sans parler de ton incapacité à réparer les fuites d'eau et l'électricité. Je pars ou je saute par la fenêtre".
Elle ne se fera de mal , on est de plein pied, je la laisse vociférer à l'intérieur, moi , je suis un homme du dehors.Si elle saute, elle atterrira sur la pelouse, je la cueillerai, je pense alors à l'herbe qui pousse et à la tondeuse qui m'attend.